Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?
Elodie Cousty : Depuis mon enfance en Bretagne, j’entends parler des Contamines-Montjoie par mon oncle, industriel dans les kaolins, associé à Jérôme de Liège, lui-même cofondateur de la SECMH aux côtés de Placide Mollard.
Avant de connaître Les Contamines en vrai, j’en ai vu des cartes postales de ce village, de son environnement, de ses pistes et de ses hôtels, qui nous faisaient rêver, nous les régatiers de la baie de Quiberon !
Mais en cette Saint-Valentin, je dois avouer que c’est l’amour qui m’a amenée aux Contamines, invitée par celui qui allait devenir mon mari : Jean-Marie Cousty, en 1994.
Depuis lors, que ce soit dans le chalet familial ou dans notre propre chalet, construit en 2009 à la Berfière, j’ai développé une relation intime avec Les Contamines.
Parallèlement à une carrière européenne dans l’industrie et les services, et de conseil en architecture d’intérieur, je me suis très vite intéressée aux enjeux environnementaux, dans une association bretonne puis au niveau national, au sein du conseil d’administration de France Nature Environnement, où j’ai développé le réseau Océan, mers et littoraux.
Le lien entre montagne et océan peut sembler lointain, il est pourtant évident.
Depuis une dizaine d’années, je suis membre du Conseil national de la protection de la nature et de la Commission supérieure des sites, deux instances nationales qui ont classé la Réserve naturelle nationale des Contamines (1976), mais aussi les sites classés du Mont-Blanc, de la Beca et du col du Bonhomme et de ses abords (1951, 1952, 1976, 1946).
Tous ces joyaux naturels sont notre assurance-vie face aux effets du changement climatique et de l’effondrement de la biodiversité. Être dans ces commissions me permet de constater l’évolution des impacts de nos modes de vie sur ces sites emblématiques.
Vice-présidente du Conseil économique, social et environnemental (le CESE), troisième assemblée de la République, j’essaie, avec mes collègues des entreprises, des syndicats et des associations, de poser les conditions de notre survie sur cette planète et dans nos territoires face aux changements globaux.
À l’horizon 2050, soit dans une génération, nous vivrons dans un monde totalement différent : il faut s’y préparer..
Pourquoi avoir signé la tribune citoyenne et ses 6 priorités pour notre village ?
Elodie : Je ne l’ai pas signée, mais j’aurais dû.
Selon vous, quel est aujourd’hui le principal enjeu collectif à résoudre pour redonner un cap clair aux Contamines ?
Elodie : Il manque une méthode de gouvernance prenant en compte tous les Contaminards : les habitants et les résidents secondaires, qui représentent un poids énorme (83 %).
Si l’équipe actuelle n’a pas démérité, il est cependant nécessaire d’établir un diagnostic clair et partagé des défis collectifs qui nous attendent, et de choisir ensemble, par une réelle participation citoyenne, et pourquoi pas grâce à un exercice de prospective, une trajectoire de long terme qui ne sera pas remise en cause à chaque élection !
Dans votre vie quotidienne ici, quel est l’exemple le plus concret d’un problème ou d’un manque qui doit absolument être amélioré ?
Elodie : La vente du ski comme graal de ce que la montagne peut et doit encore offrir, au-delà de toute autre considération économique, sociale et environnementale..
Qu’est-ce qui vous a convaincu de soutenir notre démarche plutôt qu’une autre ?
Elodie : L’approche participative, le mélange de jeunes qui ont leur avenir à construire et d’anciens qui ont le savoir-faire et connaissent l’histoire des Contamines.
C’est important de savoir d’où l’on part et où l’on va ensemble, au-delà des querelles de clochers.
Chaque village français souffre de ce problème, et l’approche proposée, une démarche beaucoup plus inclusive et pensée pour le long terme, est l’une des conditions de la réussite.
Qu’est-ce qui fait, pour vous, la singularité et la force de notre station-village ?
Elodie : D’abord un accueil chaleureux des contaminards, dont on sent l’attachement fort à leur village et l’envie de partager, un environnement exceptionnel et une nature encore préservée, des activités pour tous les âges , une solidarité entre générations qui émeut.
Si on vous demande de citer un seul endroit aux Contamines, ce serait lequel et pourquoi ?
Elodie : L’ensemble composé de la place du village , et les vues magnifiques qu’elle offre, son église et le jardin Samivel.
Comment imaginez vous le village dans 50 ans si on ne change rien… et si on agit ?
Elodie : Si on ne change rien, le village se videra de ses jeunes qui iront vivre à Saint-Gervais ou le maire actuel construit partout. Ici aux Contamines on ne peut plus construire, il faut donc préempter dès que cela est possible et imaginer de partager les chalets vides 10 mois sur douze.
Si vous aviez carte blanche pour un projet utile à tous, lequel serait-ce ?
Elodie : Pour le réaménagement du centre village, je lancerais un concours d’architecture et d’urbanisme auprès des écoles d’architecture de la région. Le projet retenu serait celui choisi par les contaminards, par un vote.
Qu’aimeriez-vous transmettre aux générations futures qui vivront ici ?
Elodie : Nos enfants sont très attachés aux Contamines et y ont beaucoup d’amis ; nous devons préserver ces liens.
Faire des « monchus » des Contaminards de cœur, qui s’engagent vraiment dans la vie du village et dans le développement d’activités respectueuses de la nature.
Si vous devez résumer notre projet pour mars 2026 en un seul mot, ce serait lequel ?
Elodie : Un projet qui s’inscrit dans le long terme sans renier ses racines et peut nous emmener loin.
Souhaitez-vous ajouter un dernier commentaire ou partager un point que nous n’aurions pas abordé ?
Elodie : La qualité de l’air est médiocre aux Contamines, car l’augmentation des flux de voitures est désastreuse : il n’est pas imaginable de laisser monter autant de voitures à la journée, juste pour consommer du ski.
Il faut un parking gratuit au niveau des ponts après le Gerdil, et rendre les parkings des TC de la Gorge et du Lay payants pour financer des navettes électriques plus régulières.