Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?
Michel Erba : Je suis né en 49 à la Frasse, un des derniers à être né aux Contamines il me semble. Dans le temps, y avait pas grand monde qui avait une voiture pour descendre à Sallanches. Mon père était de Chamonix. Ma grand-mère était une Mermoud du Champelet. Elle avait hérité d’une maison au Plane, je me souviens des meurtrières. Il paraît que la princesse du Faucigny y avait dormi une fois.
Le Servan du Plane, ça foutait les jetons aux gens. C’est le vent qui souffle au Plane et qui remonte vers la Frasse, en sifflant. Elle a fini par échanger sa maison contre une à la Frasse. À l’époque, ils avaient pas de sous. Quand ils avaient besoin de trois ronds, ils vendaient un terrain.
Mon arrière arrière-grand-père, Emmanuel Mermoud, né en 1860 au Champelet, est le premier Savoyard inscrit comme Français.
Mon grand père était bucheron et guide-porteur, il a travaillé dans tous les refuges, même à Vallot (voir les photos en fin d’article).
J’ai commencé en 64, à 22 ans, en menuiserie chez Henri Jacquemoud, dit Riton, avec Marc Dunand, ton grand-père, qui travaillait aussi avec lui. Je descendais de la Frasse en luge et Marc me remontait quand on débauchait. Y avait deux grosses entreprises, Riton et Horellou. Ils ont fait la plupart des maisons aux Contamines.
J’ai fait environ 250 charpentes entre les Contamines, Saint-Gervais et Chamonix. La plus grosse aux Contamines, c’est la gare de la télécabine de la Gorge, elle fait bien 600 mètres carrés. Gustave restait en bas, on avait installé une poulie, on tirait les plaques avec la Jeep.
Je me suis mis à mon compte en 93, jusqu’à la retraite. Ma dernière charpente, c’était il y a quatre ans. Trente-cinq mètres cubes de bois, et c’est encore moi qui ai coupé les sapins.
J’ai été pompier volontaire pendant 23 ans. J’ai fini sergent. Ma plus grosse intervention, c’était la catastrophe du Roc des Fiz à Passy. 71 personnes sont mortes, dont 56 enfants, tués par un glissement de terrain. Y avait même l’armée. On a dû y aller, il a fallu entrer. On a passé des heures à sortir les corps, avec ton grand-père. Je peux te dire que quand tu rentres le soir, t’as pas envie de manger. J’ai pas mangé pendant deux jours. On en a chié. Marc, on l’a pas vu pendant plusieurs jours après.
Marie-Claude, ma femme, a fait 28 ans à la cantine. Tu la connaissais, elle te faisait à manger quand t’étais gamin. Je l’ai connue en sortant, à la Cressoua. On m’avait demandé d’aller la chercher à Saint-Gervais, elle était toute seule. Et puis on a fait 53 ans ensemble. Elle est malheureusement décédée l’année dernière.
J’ai travaillé partout aux Contamines. Je connais un paquet de résidents secondaires. J’ai bossé pour des familles comme Babin, Le Châtelier, Viollet, Jacquot, Échalier, Lafarge, Pion, et plein d’autres, je peux pas citer tous les noms. On leur a fait des toits au-dessus de la tête.
Sinon, à part ça, je suis un mordu de chasse. J’ai fait mon premier lièvre à 13 ans. Je me rappelle de mon premier chamois en 67, à Armancette. On avait un chalet à Armancette d’en Haut. Y avait du monde là-haut, les Mattel, les Raddaz, les Simond. On y faisait les foins. Maintenant, c’est tout abandonné, des vorasses de partout, ça fait mal au cœur. Ma mère faisait les foins jusqu’au Brulaz, sous les Covagnets.
J’étais joueur de hockey aussi. Avec Alain Parent et les jeunes, on partait à droite à gauche. On est même allés jouer au Havre pour l’ouverture de la patinoire.
J’ai fait un peu de ski aussi. J’ai couru avec des athlètes de l’équipe de France. J’étais pas mauvais. On faisait des courses au Nivorin et un peu partout. Le Grand Prix des Contamines aussi, du sommet de Roselette jusqu’à Jonction.
Selon vous, quel est aujourd’hui le principal enjeu collectif à résoudre pour redonner un cap clair aux Contamines ?
Michel : Le centre, déjà, virer ces chicanes le plus rapidement possible, parce que ça, ça me met en colère. C’est pas du bon sens d’emmerder les gens en leur compliquant la vie.
Et puis surtout, enfin faire un projet. Je veux bien payer des impôts, mais à un moment faut arrêter de payer pour rien. Faut que les gens arrivent à se mettre d’accord.
Un terrassement pour une place, un parking souterrain, j’en sais rien moi. Faire simple. Mais aux Contamines, y a déjà plus de places pour se garer. Alors si tu fais encore des immeubles, j’imagine même pas le foutoir.
Dans votre vie quotidienne ici, quel est l’exemple le plus concret d’un problème ou d’un manque qui doit absolument être amélioré ?
Michel : La route de la Frasse a été goudronnée en 62. Ça a été refait il y a quelques années, mais c’est pas terminé.
Le stationnement à la Frasse aussi, c’est un vrai problème. Là-haut, il faudrait élargir la route qui monte droit au départ de la randonnée, ou alors acheter du terrain pour créer des places. C’est vraiment un souci.
Le petit parking du bas est toujours plein. Surtout l’hiver avec des voitures tampons, y en a qui déneigent pas et qui se garent sur le parking communal, c’est pas possible ça !
Et puis il faut entretenir les routes de montagne. Jusqu’au col du Joly, c’est une catastrophe.
Qu’est-ce qui vous a convaincu de soutenir notre démarche plutôt qu’une autre ?
Michel : J’ai rien contre les élus sortant, mais ça va pas, ils sont pas fait pour ça. Je parlais des chicanes, mais regarde aussi la patinoire. Nous, on a pleuré pendant des années pour en avoir une. On devait aller à Megève ou à Chamonix. Et eux, ils trouvent pas mieux que de la couper en deux.
Un bon maire, c’est proche des gens. C’est ce que tu fais déjà.
Qu’est-ce qui fait, pour vous, la singularité et la force de notre station-village ?
Michel : La singularité, je sais pas, mais heureusement qu’on a le tourisme, ça je peux vous le dire.
D’un autre côté, faut bien avouer qu’on est allés trop loin sur l’immobilier et les résidents secondaires. Je dis ça, ça m’a fait bosser, mais aujourd’hui les jeunes galèrent à se loger. C’est pas normal. Si on continue comme ça, on sera plus chez nous… Faut pas déconner.
Si on vous demande de citer un seul endroit aux Contamines, ce serait lequel et pourquoi ?
Michel : Après la Frasse, c’est la Gorge. J’y vais me balader, c’est un vrai havre de paix. Mais moi, j’ai pas tellement de préférence. Les Contamines, je suis chez moi partout.
Qu’aimeriez-vous transmettre aux générations futures qui vivront ici ?
Michel : J’en sais rien, mais faut dire aux gens qu’il faut faire bosser les Contaminards, sinon tout foutra le camp. Faut faire en sorte que les jeunes aient du boulot.
Tu mettras une barrière au pont des Crouets, avec entrée payante pour les artisans d’ailleurs (rires).
Si vous devez résumer notre projet pour mars 2026 en un seul mot, ce serait lequel ?
Michel : Le retour du bon sens, vindieu. Être pragmatique !
Georges Erba, figure du métier de guide-porteur, est une fierté pour Michel. Cliquez pour agrandir les photos.