Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?
Alain Chaudanson : Je suis arrivé en tant que travailleur saisonnier à l’hôtel de la Cordée en 1971, puis j’ai travaillé au Christiania. En 1974, nous avons repris la Vieille Auberge. Avant cela, c’était une ferme. Les missionnaires de Saint-François-de-Sales y avaient ensuite ouvert une petite salle de restauration, uniquement l’été.
Quand nous avons repris, une longue histoire a commencé. Nous avons très vite décidé d’ouvrir aussi en hiver. C’est l’abbé Babaz qui nous y a encouragés : à l’époque, le ski de randonnée et le ski de fond démarraient, et la Gorge vivait aussi l’hiver..
Dominique Chaudanson : Je suis née Barbier en 1953 à Sallanches, petite-fille d’hôteliers qui tenaient l’établissement Le Val Montjoie, en face de l’église, aujourd’hui devenu Les Airelles. C’était le premier hôtel des Contamines. À l’origine communal, il s’appelait alors l’Union. Mon grand-père l’avait racheté à la mairie, puis mes parents l’ont repris.
J’ai travaillé à la Bérangère pendant plusieurs années, et fait un hiver à l’hôtel. J’ai rencontré Alain en 1971, dès son arrivée. Je me suis dit : « pourvu qu’il ne revienne pas » (rires)… mais il est revenu la saison suivante !
Alain : Nous avons eu la chance de rencontrer beaucoup de personnalités à la Vieille Auberge: notamment deux ministres de l’Économie allemands, des acteurs connus, des personnalités publiques… Celui qui nous a vraiment fait connaître, c’était le grand journaliste Léon Zitrone, ainsi qu’André Calame, l’entraîneur du patineur Contaminard Jean-Chrstophe Simond.
Nous avons aussi rencontré de nombreux guides de haute montagne, dont notre ami Gabi, qui nous a amené beaucoup de monde. La Vieille Auberge était devenue un lieu très prisé. On y croisait des personnalités comme le navigateur Éric Tabarly ou André Turcat, premier pilote du Concorde, qui avait une résidence secondaire à Saint-Nicolas.
Dominique : Oh oui, quelle époque ! Nous gardons un souvenir très fort du tournage de Malabar Princess. Ils tournaient la nuit. Claude Brasseur était tellement grippé que je l’avais allongé au chaud sur la banquette à l’intérieur, et je lui servais du citron chaud avec du miel. Il sortait tourner une scène, revenait se réchauffer, puis repartait. À cinq heures du matin, on leur a préparé une gratinée à l’oignon.
Alain : Regarde cette photo [Voir album photo en fin d’article]. À l’époque, il tombait des mètres de neige. J’ai mesuré jusqu’à 7,80 mètres en couches successives sur un seul hiver. Avec Antoine Strapazzon, qui a longtemps travaillé avec moi, on devait monter sur le toit pour déneiger presque toutes les semaines.
Pourquoi avoir signé la tribune citoyenne et ses 6 priorités pour notre village ?
Dominique : Parce que le projet du centre ne nous convient pas. Il est trop massif. Ce que nous défendons, c’est une approche à taille humaine : un projet qui respecte le village, son rythme et son identité.
Selon vous, quel est aujourd’hui le principal enjeu collectif à résoudre pour redonner un cap clair aux Contamines ?
Alain : Personnellement, au vu du manque de neige qui se confirme année après année, je trouve dommage de vouloir multiplier les constructions dans le village, au risque de défigurer le paysage. À mon sens, le tourisme qui vient de la ville cherche avant tout un cadre naturel, la montagne, pas Paris aux Contamines. Aujourd’hui, le village perd peu à peu son âme. On a trop accentué le tout-tourisme et l’immobilier, et on est allé trop loin !
Pourquoi les vacanciers venaient-ils à la Vieille Auberge ? Parce qu’ils cherchaient de l’authenticité. Les gens venaient en fond de vallée pour la Vieille Auberge et pour l’église : pour l’identité, pour la qualité. Aujourd’hui, on a trop misé sur la quantité, et c’est une erreur.
Je me souviens d’une phrase de Léon Zitrone qui m’avait marqué : « Enfin un endroit authentique. » Il n’y a rien de plus important que de préserver l’identité d’un lieu.
Dominique : Je suis complètement en phase avec cette vision des choses.
Dans votre vie quotidienne ici, quel est l’exemple le plus concret d’un problème ou d’un manque qui doit absolument être amélioré ?
Dominique : Le stationnement pendant les vacances scolaires, et surtout la circulation dans le centre du village, sont les problèmes du quotidien les plus importants.
Alain : Je n’ai jamais compris pourquoi le centre du village n’avait jamais été relié au Nivorin par une passerelle piétonne.
Qu’est-ce qui vous a convaincu de soutenir notre démarche plutôt qu’une autre ?
Dominique : J’apprécie beaucoup toute la famille Dunand, et je suis surtout contente de voir qu’il y a enfin un jeune, compétent, qui s’engage.
Alain : Aujourd’hui, je pense qu’un responsable communal doit avoir une formation en lien avec la gestion publique et être compétent, pas seulement au niveau local. Les sujets sont devenus complexes : écologie, aménagement, équilibre du territoire… Il faut avoir des connaissances solides et être capable de tenir une discussion de fond avec des interlocuteurs qui maîtrisent leurs dossiers.
Qu’est-ce qui fait, pour vous, la singularité et la force de notre station-village ?
Alain : La singularité des Contamines, c’est son enclavement. Un fond de vallée, avec une réserve naturelle exceptionnelle, c’est très rare. C’est une nature préservée, à condition de ne pas détruire le village.
Ce que je regrette le plus, c’est qu’il n’y ait pas aujourd’hui une vraie place publique, digne de ce nom, au cœur du centre-village.
Si on vous demande de citer un seul endroit aux Contamines, ce serait lequel et pourquoi ?
Dominique : Notre-Dame de la Gorge, parce que c’est le centre spirituel du village. Un lieu de pèlerinage, profondément ancré dans l’histoire et l’identité des Contamines.
Comment imaginez vous le village dans 50 ans si on ne change rien… et si on agit ?
Alain : Je ne me projette pas à cinquante ans. Avec la nature qui reprend le dessus, il y a trop de questions à se poser, notamment sur l’enneigement. Il faut s’adapter. Ce qu’il faut, c’est un jeune maire avec une vision à trente ans. Pas un maire vieux comme moi… (rires)
Si vous aviez carte blanche pour un projet utile à tous, lequel serait-ce ?
Alain : Le centre du village doit être préservé, dans son cadre de vie. Il doit offrir une belle place de village, un lieu où les gens peuvent se retrouver et… se réconcilier !
Si vous devez résumer notre projet pour mars 2026 en un seul mot, ce serait lequel ?
Alain : Simplicité.
Dominique : Authenticité.
Alain : Oui, pas d’extravagance.
Souhaitez-vous ajouter un dernier commentaire ou partager un point que nous n’aurions pas abordé ?
Alain : Tu diras à ton père que ma pompe à chaleur déconne (rires).
Plus sérieusement, et j’y reviens souvent parce que c’est très important, les gens nés aux Contamines, ceux qui y vivent depuis longtemps comme ceux arrivés plus récemment, ont je pense conscience d’une chose : on ne peut pas accepter des constructions dans le centre du village qui le défigureraient à vie. On doit être les garants de notre patrimoine paysager et non l’inverse. Je suis convaincu que les générations futures nous en voudront si on laisse passer ça. Ils tomberont sur des photos anciennes et diront : « Mon dieu, pourquoi avoir construit ici ?! C’était déjà suffisant ! »
Et pour finir, sans lien direct, j’aimerais dire que j’aimais beaucoup ton grand-père Marc Dunand. Il venait presque tous les jours boire le café, avec Mademoiselle Deschamps. Il avait beaucoup d’humour, et nous avons partagé de très beaux moments, jusqu’à la fin de sa vie.
Anciennes images de la ferme de la Vieille Auberge, photographies de l’intérieur du restaurant, émission télévisée Pousse Café, personnalités connues telles que Claude Brasseur, Jacques Villeret, etc. cliquez ci-dessous pour agrandir les images et lire les descriptions.
Merci à Dominique et Alain pour la confiance accordée, et pour le partage de leurs archives personnelles, qui nous replongent dans la belle époque de la Vieille Auberge.