« On observe un réel laisser-aller, une forme de repos sur les acquis, et une ignorance préoccupante des enjeux propres à un territoire de montagne comme le nôtre. »

L'entretien

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Lucie Dunand : Je suis née et j’ai grandi aux Contamines-Montjoie. Après avoir quitté le village pour poursuivre mes études à Chambéry, j’ai choisi d’y revenir pour y vivre et y travailler. Toute ma famille est ici, et cet ancrage compte profondément pour moi.

Monitrice de ski, titulaire d’un master de géographie, j’ai consacré mes travaux universitaires au permafrost et aux effets du changement climatique en montagne. Ces sujets ne sont pas théoriques pour moi : je les observe et les vis au quotidien sur le terrain.

J’ai été aide-gardienne dans plusieurs refuges emblématiques du val Montjoie (Tré-la-Tête, les Prés, le Goûter) avant de garder le Nid d’Aigle, puis, depuis deux ans, le refuge de la Charpoua. Ces expériences ont forgé mon regard sur la montagne, son équilibre fragile, et la responsabilité que nous avons collectivement envers elle.

Je suis profondément attachée à mon village et à ses habitants. J’ai la conviction qu’il est temps d’avancer, de prendre nos responsabilités et d’ouvrir une nouvelle étape pour notre territoire. Nous sommes les premiers témoins des bouleversements en cours. Nous devons aussi être parmi les premiers à agir.

Pourquoi avoir signé la tribune citoyenne et ses 6 priorités pour notre village ?

Lucie : Parce que c’est un texte engagé et engageant, qui m’a donné beaucoup d’espoir. Enfin, une vision claire, assumée, posée noir sur blanc, en amont d’un véritable projet collectif.

Je le dis d’autant plus sincèrement que je ressens une profonde tristesse face à l’écart entre l’immense potentiel de ce village comme lieu de vie, et la réalité de ce qu’il est devenu aujourd’hui… et de ce que les élus en font.

En quelques années seulement, grâce aux sports d’hiver, nous sommes passés d’une économie très laborieuse à une économie florissante. C’est une réussite indéniable, il ne faut pas cracher dans la soupe. Mais le revers de la médaille, c’est que cette évolution rapide nous a aussi divisés.

Aujourd’hui, des changements majeurs viennent fragiliser notre modèle. Et pourtant, on observe un réel laisser-aller, une forme de repos sur les acquis, et une ignorance préoccupante des enjeux propres à un territoire de montagne comme le nôtre.

En tant qu’habitante, on se sent parfois démunie, peu écoutée, tenue à distance des décisions qui engagent pourtant notre avenir commun. Il est plus que temps de prendre le taureau par les cornes, de regarder la réalité en face et de redonner toute sa valeur à ce village de montagne… et à celles et ceux qui y vivent à l’année.

Selon vous, quel est aujourd’hui le principal enjeu collectif à résoudre pour redonner un cap clair aux Contamines ?

Lucie : La vie à l’année. Se réapproprier ce village en tant qu’habitants permanents. Redonner toute sa place à celles et ceux qui vivent ici toute l’année, qui font tourner le village hors saison, qui l’animent, le soignent, l’enseignent, l’entretiennent.

Cela implique de repenser en profondeur notre modèle pour le rendre plus équilibré, plus respectueux du territoire et de ses habitants. Une transition lucide, assumée, qui prenne pleinement en compte les enjeux climatiques, la raréfaction des ressources, l’évolution de la montagne et de ses usages.

Faire de la transition écologique et climatique non pas une contrainte subie, mais une opportunité pour renforcer la qualité de vie, préserver notre identité de village de montagne et construire un avenir durable, désirable et partagé.

Dans votre vie quotidienne ici, quel est l’exemple le plus concret d’un problème ou d’un manque qui doit absolument être amélioré ?

Lucie : Une saisonnalité devenue trop marquée, dans un sens comme dans l’autre, qui déséquilibre profondément la vie du village. Des périodes de fréquentation élevées suivies de longs temps morts, au détriment de la continuité de la vie locale.

Rééquilibrer la saisonnalité, soutenir l’emploi à l’année et investir dans une véritable vie culturelle et sociale ne sont pas des options : ce sont des conditions indispensables pour faire des Contamines un véritable village de montagne vivant, habité et partagé toute l’année.

Qu’est-ce qui vous a convaincu de soutenir notre démarche plutôt qu’une autre ?

Lucie : Vos compétences, votre intelligence collective et la vision claire que vous portez pour l’avenir du village.

Qu’est-ce qui fait, pour vous, la singularité et la force de notre station-village ?

Lucie : La présence d’une Réserve naturelle nationale, qui confère au territoire une valeur environnementale et patrimoniale exceptionnelle.

Une dimension à la fois de moyenne et de haute montagne, avec des paysages, des usages et des contraintes spécifiques, qui exigent une approche fine et respectueuse.

Enfin, une situation géographique singulière, en haute vallée, qui fait des Contamines-Montjoie un territoire de destination et non un simple lieu de passage. Cette particularité impose de penser le développement autrement, en privilégiant la qualité de vie, la cohérence des usages et l’ancrage local.

Si on vous demande de citer un seul endroit aux Contamines, ce serait lequel et pourquoi ?

Lucie : Notre-Dame de la Gorge ! Un endroit paisible à préserver.

Comment imaginez vous le village dans 50 ans si on ne change rien… et si on agit ?

Lucie : Si nous ne changeons rien, le village s’éteindra lentement, à petit feu. Non par manque d’atouts, mais parce qu’il n’aura pas su s’adapter ni anticiper les transformations profondes à l’œuvre.

Aujourd’hui, je vois une population jeune qui s’impatiente, certains s’en vont, faute de perspectives à l’année. Je vois une station touristique dépendante d’un modèle unique, qui sera vite mise sous tension par des rapports de fréquentation inégaux et fragilisée par un domaine skiable situé à une altitude qui pose malheureusement question de sa viabilité à long terme. Avec un réchauffement national à +4°C, le chemin que nous prenons actuellement, la fonte des derniers glaciers français est estimée pour 2100.

Et au cœur de tout cela, un centre-village qui n’a pas évolué : toujours la même route départementale en plein centre de village, pensée comme un axe de passage plutôt que comme un véritable lieu de vie, de commerces, de rencontres et de centralité.

À l’inverse, si nous choisissons d’agir, j’imagine un village jeune et vivant, porté par des projets variés, audacieux et cohérents. Un village esthétique, agréable à habiter, une destination touristique de grande qualité et qui a su se réinventer, s’adapter. Mais surtout un village qui vit réellement toute l’année, au service de celles et ceux qui y vivent, y travaillent et y élèvent leurs enfants.

Si vous aviez carte blanche pour un projet utile à tous, lequel serait-ce ?

Lucie : Un projet de centre-village esthétique, apaisé et agréable à vivre, tel qu’il est présenté dans le prospectus : un véritable cœur de village, pensé pour les habitants autant que pour les visiteurs, et non plus comme un simple axe de circulation.

Un lieu culturel dans le centre village, ouvert à tous tout au long de la journée, conçu comme un espace vivant et modulable. Un lieu partagé, à la disposition des associations locales, mais aussi capable d’accueillir des événements, des spectacles, des rencontres, des expositions ou des temps de débat. Un espace fédérateur, accessible et ouvert, qui redonne au centre du village une fonction essentielle : celle de créer du lien, de faire vivre la culture à l’année et de renforcer le sentiment d’appartenance collective..

Qu’aimeriez-vous transmettre aux générations futures qui vivront ici ?

Lucie : Un village plein de vie, dont on a pris soin, et où les habitants ne sont pas contraints de partir faute de moyens pour y vivre.

Un village qui offre des perspectives, de la stabilité et de la dignité niveau logement à celles et ceux qui y grandissent. Et surtout, un village où l’on a envie de rester, de construire sa vie… ou de revenir. Par choix, par attachement, par confiance dans l’avenir.

Si vous devez résumer notre projet pour mars 2026 en un seul mot, ce serait lequel ?

Lucie : Sans hésiter une seule seconde, le mot « espoir ».

Ce n’est malheureusement pas le cas des Contamines aujourd’hui. Et c’est précisément pour cela que ce projet compte autant : il redonne une perspective, une direction et l’envie d’y croire à nouveau.

Espoir, parce que sans ce projet, je ne me projetterais pas aujourd’hui dans un avenir aux Contamines. Votre vision est la seule dans laquelle je me vois élever mes enfants, construire ma vie professionnelle et m’inscrire durablement ici.

Souhaitez-vous ajouter un dernier commentaire ou partager un point que nous n’aurions pas abordé ?

Merci pour tout le travail déjà accompli, pour l’espoir que vous nous redonnez, et pour l’attention portée à ce village afin qu’il soit enfin traité à la hauteur de ce qu’il mérite. Pour tous ses habitants, sans aucune exception.

Ces témoignages sont publiés tels qu’ils ont été rédigés par leurs auteurs, qui disposaient d’une totale liberté pour répondre aux questions et exprimer leurs idées.

 
Basile Dunand et l’équipe Espoir Contaminard remercient chaleureusement toutes celles et ceux qui ont pris le temps de répondre et d’exprimer leur soutien.

ils nous soutiennent aussi !

« Quand j’étais jeune, avec mon père, on allait à Armancette. On couchait dans un chalet d’alpage, et on allait le lendemain à la chasse. Ce sont des souvenirs qui n'ont pas de prix. »
« J’imagine une belle place du village, sans immeubles démesurés, animée toute l’année. Un véritable lieu de vie où l’on se rencontre, où l’on échange.»
« Si on agit tranquillement mais constamment, débarrassé des velléités immobilières du siècle dernier, alors ce sera la renaissance d’un beau village. »
« Former une équipe de tous bords, mélanger les clans qui se sont affrontés par le passé. Parce que, au fond, on a tous à peu près les mêmes idées, les mêmes envies pour les Contamines. De cette façon là, on avancera. »
« La vision à long terme, le souci de rassembler et de fédérer pour faire du village un lieu agréable à vivre. Vouloir rénover, sans révolutionner, rajeunir ce qui existe, en respectant les anciens. Changer les mentalités et effacer les animosités ! Beau programme ! »
« On observe un réel laisser-aller, une forme de repos sur les acquis, et une ignorance préoccupante des enjeux propres à un territoire de montagne comme le nôtre. »