Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?
Jacqueline Louvier : Je suis née aux Contamines, ici même, dans ma maison. Ce n’est pas si courant de pouvoir dire qu’on est né aux Contamines-Montjoie, et pourtant c’est bien écrit sur ma carte d’identité. Ma famille est là depuis longtemps : j’ai au moins cinq générations au cimetière, peut-être davantage.
Dans ma vie, j’ai tenu l’hôtel Le Clairematin pendant vingt-cinq ans, puis je me suis tournée vers la location. Aujourd’hui, je suis à la retraite.
Je me suis aussi beaucoup engagée dans la vie associative. J’ai été trésorière des hôteliers, puis vice-présidente des meublés. Avec d’autres, nous avons créé une association, dont j’ai été présidente, après le tsunami en Indonésie. L’objectif était simple : récolter des fonds et les reverser à des ONG. On organisait des actions conviviales, du vin chaud, des ventes. Ce que je sais faire, c’est ça : le vin chaud et la cuisine. C’était très chaleureux, très humain.
J’ai également été présidente du Folklore, les Verdasses, pendant sept ans. Aujourd’hui, je suis présidente de Tricot Bonheur.
J’ai vécu toute ma vie au Baptieu, à l’exception de neuf mois passés à Saint-Gervais. Nous sommes partis à quatre. Nous sommes revenus à cinq !
Pourquoi avoir signé la tribune citoyenne et ses 6 priorités pour notre village ?
Jacqueline : Il y a d’abord une chose très claire : je suis contre le projet de centre tel qu’il est aujourd’hui.
Cela ne veut pas dire que tout ce qu’ont fait les élus est à rejeter. Certaines décisions ne m’ont pas déplu. En revanche, il y a aussi beaucoup de choses pour lesquelles on est allé trop loin : des projets trop grands, des choix budgétaires où l’on aurait peut-être dû investir ailleurs. Et puis il y a aussi ce qui n’a pas été fait, peut-être pour de bonnes raisons, mais j’aimerais qu’on nous l’explique.
Le vrai problème, c’est le centre-village. Et sur ce point, la tribune le dit très bien. Il faut quelque chose à taille humaine, avec une vraie grande place où l’on puisse se retrouver.
Selon vous, quel est aujourd’hui le principal enjeu collectif à résoudre pour redonner un cap clair aux Contamines ?
Jacqueline : Je pense qu’on n’a pas besoin d’un centre aussi grand, avec des rangées de locations touristiques dont les volets resteront fermés une grande partie de l’année. C’est ce qui se passe déjà ailleurs, on le voit très bien.
Aujourd’hui, le village est saturé. Et il faut être lucide : la neige sera de moins en moins présente. Quand il n’y aura plus de neige, il ne faut pas se raconter d’histoires : les gens viendront aux Contamines parce que c’est un village avec du charme.
Il faut d’abord chercher à développer des activités autres que le tout-ski, dans la mesure du possible, bien sûr. Diversifier, sans se raconter d’histoires, mais sans tout miser sur une seule pratique.
Aux Contamines, il faut aussi le dire : on ne va pas se plaindre. Les gens gagnent correctement leur vie, il n’y a pas à tergiverser. On n’a pas besoin d’aller chercher toujours des milliers de vacanciers en plus. L’enjeu, ce n’est pas la quantité, c’est la qualité. Et pour cela, il faut diversifier les activités.
Dans votre vie quotidienne ici, quel est l’exemple le plus concret d’un problème ou d’un manque qui doit absolument être amélioré ?
Jacqueline : La question du stationnement lors des pics de fréquentation est devenue très compliquée. On en arrive à des tensions inutiles avec les gens.
D’un côté, il n’est pas raisonnable d’investir des millions pour des périodes qui restent limitées dans l’année. Mais, à ces moments-là, on se fait du mal collectivement : à notre clientèle comme aux habitants à l’année. Il faut se creuser la tête pour trouver des solutions innovantes.
Il y a aussi un détail, mais qui n’en est pas vraiment un. Lorsque le marché d’été piétonnise le centre et que les voitures sont déviées côté d’Auran, la communauté de communes procède au ramassage des poubelles à ce moment-là. C’est illogique : tout se bloque et la circulation devient impossible.
Qu’est-ce qui vous a convaincu de soutenir notre démarche plutôt qu’une autre ?
Jacqueline : Encore une fois avant tout le reste, le centre. J’étais contre le centre Jaquet, et je suis tout aussi opposée à celui-ci, qui est tout aussi gros. Pourtant, lors des réunions électorales en 2020, ils affirmaient clairement être aussi contre le centre Jaquet. À un moment donné, ils ont changé de fusil d’épaule. Et nous, nous les avions élus sur cette base-là.
Qu’est-ce qui fait, pour vous, la singularité et la force de notre station-village ?
Jaccqueline : Pour moi, et c’est fondamental, c’est que nous sommes un cul-de-sac. Et ça, c’est une immense chance.
Je me suis battue toute ma vie pour que cela reste ainsi, notamment lorsque certains voulaient créer une route par le col du Joly. À un moment, le tracé passait même au-dessus de chez moi : autant dire que cela ne me faisait pas vraiment sourire.
Je me souviens très bien des réunions auxquelles je participais. J’y expliquais que notre chance, justement, c’était d’être un cul-de-sac. Que si les gens venaient ici, surtout l’été, c’était pour le calme, pour la tranquillité. À l’époque, j’avais l’impression de passer pour une extraterrestre. On me regardait avec de grands yeux.
Aujourd’hui, c’est sans doute plus facile à comprendre. Mais à l’époque, ce ne l’était pas du tout.
Quelques années plus tard, les mêmes expliquaient soudain que nous avions la chance d’être un cul-de-sac. Je leur ai dit que ça n’avait pas toujours été leur discours. Moi, je n’ai jamais changé d’avis. Le cul-de-sac, c’est une richesse. L’été, les gens viennent ici pour être tranquilles.
Ils veulent pouvoir se promener en montagne, profiter des chemins, sans avoir en permanence des 4×4 qui leur passent à côté. Les choses se sont améliorées, certes, mais l’idée reste la même : on vient aux Contamines pour se balader, respirer, être au calme.
Et cette tranquillité, elle tient à cette chose simple : le fait d’être un cul-de-sac. C’est une chance énorme. Il faut la préserver. Même si maintenant, vu le budget que ça coûte, je pense qu’on est tranquille de ce côté-là.
Si on vous demande de citer un seul endroit aux Contamines, ce serait lequel et pourquoi ?
Jacqueline : A part le Baptieu [rires], la Balme, j’ai toujours aimé cet endroit. Les pierres, le paysage, l’atmosphère… et surtout les souvenirs. Il y en a tellement. [larmes aux yeux]
À l’époque, il n’y avait pas de 4×4. Les chasseurs montaient et passaient la nuit là-haut. Il y avait les habitués de la Balme, ceux de Nant-Borrant, ceux de Tré-la-Tête. Le samedi soir, tout le monde montait, puis le dimanche, chacun redescendait.
C’était une vie simple et chaleureuse. On y allait souvent en famille. Les chasseurs montaient avec leurs femmes et leurs enfants. Beaucoup de femmes et d’enfants restaient ensemble. On faisait le déjeuner, on allait à la pêche. Mon père partait à la chasse, ma mère restait aider Raymonde à travailler.
La Balme, c’est tout ça. Un lieu de vie, de partage, de souvenirs…
Si vous aviez carte blanche pour un projet utile à tous, lequel serait-ce ?
Jacqueline : Le projet de centre mais tel que vous le proposez, pas tel qu’ils veulent le faire aujourd’hui.
Sinon, nous avons toujours le même problème lorsque la météo n’est pas au rendez-vous : il manque une structure couverte, capable de proposer autre chose aux touristes en cas de mauvais temps.
Qu’aimeriez-vous transmettre aux générations futures qui vivront ici ?
Jacqueline : L’histoire, le patrimoine, l’identité : tout cela est fondamental. L’association [Mémoire Histoire & Patrimoine] fait déjà un travail remarquable, et il faut continuer, tout en rajeunissant les membres et les publics. L’identité, c’est essentiel.
Ce qu’il faut transmettre, avant tout, c’est l’histoire. Les traditions aussi, comme le farcement, la crache… mais sans en faire trop. Il faut rester simple.
Surtout, il ne faut pas chercher à devenir Courchevel, Megève ou Chamonix. Nous savons qui nous sommes. Les Contamines sont une petite station familiale, et c’est précisément ce qu’il faut préserver.
Si vous devez résumer notre projet pour mars 2026 en un seul mot, ce serait lequel ?
Jacqueline : ECOUTE. Être à l’écoute des gens, réellement. Cela passe par le retour des réunions de quartier, par des temps d’échange réguliers, par une présence sur le terrain. Être à l’écoute des citoyens, tout simplement…