Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?
Catherine Dubuc : Je m’appelle Catherine Dubuc, j’ai bientôt 60 ans. En 1994 , j’ai décidé de quitter ma ville natale de Lyon pour partir vivre en montagne et j’ai acheté des parts au sein d’un cabinet infirmier à Sallanches.
Avec mon mari, nous avons acheté une ancienne ferme aux Contamines. Je voulais mettre une distance entre ma vie privée et mon lieu d’exercice professionnel. C’est en participant activement à la vie associative du village que j’ai eu l’impression d’être devenue une Contaminarde… On m’avait pourtant dit qu’il fallait plusieurs générations au cimetière avant d’être considérée comme une enfant du pays. « Enfant du pays », ça veut dire quoi aujourd’hui ? Certes, je n’ai pas de famille ici, ma famille à moi, je l’ai fondée aux Contamines en 1995.
Les associations du village et ma fonction d’infirmière sapeurs pompier pendant dix ans m’ont permis de faire de belles rencontres, de découvrir ce village, faire la connaissance de ses habitants. J’ai occupé la fonction de conseillère municipale en 2020 pendant deux ans mais c’était une grosse erreur. M’investir dans la politique du village, ce n’était pas fait pour moi. J’ai quitté cette fonction en 2022 pour des raisons à la fois professionnelles mais aussi liées au fait que je ne me sentais plus du tout en phase avec certains projets menés par l’équipe municipale. Et plutôt que de me battre pour faire entendre ma voix, j’ai préféré partir. Aucun regret. J’assume ce choix .
Pourquoi avoir signé la tribune citoyenne et ses 6 priorités pour notre village ?
Catherine : J’ai signé cette tribune pour plusieurs raisons.
Certaines phrases sont lourdes de sens pour moi. « Avant les grands projets, entretenons et développons l’existant ». Mais oui ! Carrément ! Avant de tout péter, voyons de qu’on peut faire avec ce qui est déjà là. Cela fait trente ans que je vois chaque équipe municipale construire des projets qui pètent tout et n’importe quoi ! A l’heure où on parle d’argent public, de dettes, de dérèglement climatique, il me paraît aussi important de ne pas voir trop grand.
La première priorité évoquée dans cette tribune, 1200 habitants avec des enfants qui vont grandir aux Contamines, des familles qui vont construire leur vie dans ce village, des anciens qui vont vieillir. Avant d’être un village touristique, il convient en effet de se préoccuper grandement de toutes celles et ceux qui vivent aux Contamines toute l’année .
Le point n°6 bien sûr m’interpelle : Les divisions, les clans… Depuis trente ans que je vis ici, je m’en suis rendue compte. Ailleurs c’est pareil, certes. Même si mon histoire aux Contamines a débuté en 1994 , j’ai bien conscience que les rancœurs sont tenaces. Je ne porte aucun jugement de valeur sur toutes ces histoires qui ont divisé le village mais pour une personne qui vient construire sa vie ici, et je ne suis pas la seule dans cette situation, force est de constater que cela devient pesant et lassant et ça n’avance à rien. On en est toujours au même point. Mais aujourd’hui, j’ai vraiment l’impression que Basile est à même de réussir ce défi au combien difficile.
Selon vous, quel est aujourd’hui le principal enjeu collectif à résoudre pour redonner un cap clair aux Contamines ?
Catherine : Former une équipe de tous bords, mélanger les clans qui se sont affrontés par le passé. Parce que, au fond, on a tous à peu près les mêmes idées, les mêmes envies pour les Contamines. De cette façon là, on avancera.
Dans votre vie quotidienne ici, quel est l’exemple le plus concret d’un problème ou d’un manque qui doit absolument être amélioré ?
Catherine : Je suis plutôt mal placée pour répondre à cette question car j’ai choisi de travailler en dehors des Contamines. Mais, en qualité de professionnelle de santé, je pense qu’il est très important de réfléchir sur l’offre de soins aux Contamines car c’est essentiel pour les familles et indispensable pour les personnes âgées.
Vous allez dire que je suis gonflée de dire une chose pareille car je suis infirmière libérale à Sallanches, plutôt qu’aux Contamines. Je réponds juste que devant la dureté physique et émotionnelle de ce métier que j’aime énormément, je n’aurai pas tenu 31 ans si je l’avais exercé dans le village où je vivais .
Qu’est-ce qui vous a convaincu de soutenir notre démarche plutôt qu’une autre ?
Catherine : Au travers de vos écrits, votre vision à venir des Contamines m’a séduite. Je trouve ça chouette, réaliste et réalisable.
Qu’est-ce qui fait, pour vous, la singularité et la force de notre station-village ?
Catherine : Un paysage grandiose, une réserve naturelle magnifique, un tissu associatif hyper attractif pour toute la population. On ne peut que vivre heureux ici.
Si on vous demande de citer un seul endroit aux Contamines, ce serait lequel et pourquoi ?
Catherine : Devant la fontaine du centre du village, quand on lève la tête sur les dômes de Miage, sur le Mont Joly. C’est quand même chouette !
Comment imaginez vous le village dans 50 ans si on ne change rien… et si on agit ?
Catherine : Si on ne change rien, considérant qu’on se trouve depuis quelques années confronté à un dérèglement climatique, on va droit dans le mur. Agir, cela passe par un changement dans nos habitudes, notre façon de vivre. Mais certaines associations travaillent dans ce sens déjà et c’est chouette de savoir que beaucoup d’habitants aux Contamines avancent dans le bon sens.
Si vous aviez carte blanche pour un projet utile à tous, lequel serait-ce ?
Catherine : Un foyer logement pour personnes âgées autonomes.
Qu’aimeriez-vous transmettre aux générations futures qui vivront ici ?
Catherine : Le respect et la protection du patrimoine du village. J’ai découvert ce village et son histoire et garder en mémoire ce que ce village était au commencement nous aidera à le voir évoluer dans le temps, dans le respect de ses traditions. On a pas le droit de tout dézinguer pour quelque motif que ce soit .
Si vous devez résumer notre projet pour mars 2026 en un seul mot, ce serait lequel ?
Catherine : Allez ! Venez avec nous ! On va construire tous ensemble les Contamines de demain . Tous ensemble !